Que penser de la réunion du G20 tenue à Cannes?

Pierre Salama – Professor de Economia da Universidade de Paris XIII

   


  Son ordre du jour a été complètement bouleversé par la crise de l’euro et la proposition, depuis avortée, du gouvernement grec de procéder à un référendum sur les propositions faites concernant sa dette.

   Les grandes déclarations du président du G20 Sarkozy de procéder à une réforme du système financier international, de rendre hors la loi les paradis fiscaux, d’imposer une taxe, fût-elle minime, sur les transactions financières internationales, etc, ne sont restées que des…déclarations, jetées en pâture comme réponses aux conséquences sociales de la crise. L’écart entre « le dire et le faire » est à ce point important que la crédibilité de la parole du président en est profondément affectée. De ce point de vue, la crise grecque a été une opportunité pour passer à autre chose et tenter de montrer ainsi que le président maitrise la situation.

   En campagne électorale, le président a présenté le plan destiné à sauver (!) la Grèce, l’Europe et le monde peu de jours avant la tenue de la réunion de Cannes… et puis, patatras…

   Voici que le 1° ministre grec annonce un référendum pour soumettre au peuple le plan élaboré par la France et l’Allemagne, accepté ensuite par les responsables politiques de la zone euro. Ce plan prévoyait une décote de 50% de la dette, un prêt à taux international de 100 milliards d’euros permis par le renforcement d’un fond spécial destiné à ces prêts (ce qui augmente d’ailleurs d’autant la dette des Etats qui le financent et met en péril leur capacité de rembourser pour les plus endetter d’entre eux…). Ce rééchelonnement aurait pu être efficace s’il avait été fait l’an passé. Or l’an passé, ces mêmes gouvernements ont demandé à la Grèce d’être « responsable » en se débrouillant toute seule, c’est-à-dire en procédant à une sévère politique d’austérité.

   L’austérité imposée n’a fait qu’aggraver le problème de la gestion de la dette grecque, comme ce fut le cas en Argentine à la fin des années 1990: les salaires ont baissé, les licenciements se sont multipliés et la crise s’est amplifiée diminuant ainsi les recettes fiscales, rendant impossible le service de la dette et ce d’autant plus que ce faisant les taux d’intérêt ont explosé.

   En effet, les titres émis par le gouvernement devenant plus risqués ont attiré les spéculateurs qui ont pu jouer sur les titres de la dette souveraine, les taux d’intérêt se sont très fortement accrus. Plus s’approchait du défaut de paiement, plus les taux s’emballaient, plus profitable devenait la spéculation (les banques françaises ont enregistré des profits colossaux, de l’ordre de 25 milliards d’euros en 2010 en jouant principalement sur les titres de la dette souveraine grecs, italiens, etc) jusqu’au jour où le gouffre s’approchant, le « cercle vertueux des profits » devient un « cercle vicieux », les banques qui ne se sont retirées à temps, risquent d’entrer elles mêmes en crise et de provoquer un effet de domino sur les autres titres (Italie, Espagne et pas très loin… France). C’est ce qui explique la réaction tardive des gouvernements de la zone euro, d’abord en juillet dernier (décote de 21% des titres, en réalité à peine 10%, ouverture de tranches de prêts au taux international), puis devant le peu de crédibilité quant à l’efficacité de ce plan modeste et la réaction consécutive de défiance des marchés, la proposition avant la tenue du G20 de procéder aux mesures annoncées, mesures encore une fois qui pour être efficaces auraient du être prises bien avant et complétées par des meures dite de « quantitative easing »  ( ou « planche à billets » comme le fait la FED aux Etats-Unis) sous la direction de la Banque centrale à Francfort.

   Mais cela est déjà le passé. Le futur est inquiétant. Une zone monétaire ne peut fonctionner à long terme que si elle se dote d’une Banque centrale et d’un gouvernement prenant à la majorité les décisions les plus importantes, ce qu’on appelle le fédéralisme.

  Or ce second point essentiel a été rejeté par l’ensemble des gouvernements depuis le début de l’euro pour deux raisons: 1/ le fédéralisme signifie un abandon partiel de la souveraineté de chacun des Etats qui pourrait se trouver imposer une décision prise par la majorité des membres même s’il est contre; 2/ le refus de solidarité des plus puissants envers les plus faibles, en clair une aide de l’Allemagne à la Grèce, dont le « peuple pratiquerait systématiquement la fraude fiscale, serait paresseux, n’accepterait pas de faire les efforts nécessaires ». Ce sont ces campagnes de presse, rejetant la possibilité que les impôts payés par les  allemands puissent  aider « ce peuple si peu vertueux »…c’est d’ailleurs ce type de réaction qui a conduit le 1° ministre grec à déclarer que « les grecs ne sont pas plus génétiquement paresseux que les allemands serait génétiquement nazis ».

  Cela étant, avec la crise, les effets de dominos que pourrait entrainer un défaut de paiement de la Grèce, un gouvernement franco-allemand de facto de la zone euro s’est constitué, annonçant vraisemblablement un profond changement des règles du jeu du fonctionnement de cette zone … De facto, le fédéralisme se met en place et il sera difficile de revenir en arrière. Mais ce fédéralisme se fait de la pire des manières : le 1° ministre grec a été convoqué par Sarkozy et Merkel la veille de l’ouverture du G20, le mot est fort mais il correspond à la réalité. Il a été menacé qu’en cas de refus du peuple grec, cela signifierait que la Grèce ne ferait plus partie de la zone euro. En termes clairs, on lui a dicté la question à poser lors du référendum en expliquant qu’on souhaiterait qu’il soit  annulé, sinon avancé au mois de décembre et qu’entre temps les tranches du prêt décidées en juillet ne seraient pas versées…On connait la suite immédiate, le gouvernement a retiré l’idée même du référendum…quant à la suite, les bouillonnements de la société grecque, sa colère devant à la fois l’inefficacité des mesures prises (la dette augmente), leur coût social énorme (la baisse des salaires, de l’emploi, l’augmentation du prix des services publics), leur injustice (les plus aisés continuent à bénéficier de la fraude fiscale et le système fiscal continue à être fortement régressif), laissent à penser qu’au-delà des rodomontades de Sarkosy et de Merkel, l’Histoire n’est pas achevée.

  La remise en question de la souveraineté nationale, l’humiliation ouverte, le mépris vis-à-vis des grecs « mauvais élèves qu’on se doit de punir », sont probablement la première leçon qu’on peut tirer de la tenue de ce G20 à Cannes. La seconde est également limpide : le général de Gaulle disait que la politique du gouvernement ne se définit pas à la corbeille (la bourse), ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Les agences de notation, malgré leur incompétence avérée, ont suffisamment de force pour dicter aux gouvernements ce qu’ils doivent faire…et tirent via les instituions financières l’essentiel des bénéfices sans avoir à en payer les coûts : privatisation des bénéfices, socialisation des pertes supportées par la majorité….L’Histoire se répète, jusqu’à quand ?


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